Ceux-là ont bercé trois générations entières et ça n’est pas terminé puisque les chanteurs d’aujourd’hui continuent à les faire vivre. Ils étaient des « artistes de cabaret » pour qui la scène et le public comptait probablement plus que les heures passées en studio… Ils ont écrit sur tous les grands thèmes et toujours avec les mots qu’il fallait, parfois en visionnaires… Ils ont été les premières stars des vinyles et ont composé des chefs d’œuvre de la chanson française… De « L’hymne à l’amour » aux « Copains d’abord » en passant par «Amsterdam » ces grands (en)chanteurs ont su donner vie à des chefs d’œuvres intemporels. Tour d’horizon…
   
Charles Aznavour
Barbara
Georges Brassens
Jacques Brel
Edith Piaf
   

Né de père arménien et de mère turque en mai 1924 à Paris sous le nom Varenagh Aznavourian, Charles semble avoir un environnement qui le prédispose à son futur (son père est chanteur, sa mère actrice, sa sœur suivra le même chemin). Il débute dans le théâtre avec l’aide de sa sœur Aïda. C'est en 1941 qu'il rencontre Pierre Roche avec lequel il se démène pour faire la tournée des cabarets et des bars avec leurs petites compositions. En 1946, le hasard les met sur la route de Piaf et de Trenet. Cette rencontre les aidera à s’envoler pour les Etats-Unis, où les deux amis connaîtront un certain succès. Cependant, leur vie se sépare lorsque Charles retourne en France en 1952, avec sa femme (il s’est marié en 1946) et sa fille (née en 1947). Pierre Roche se marie aux États-Unis et il y reste. Charles a un fils qu’il appelle Charles l’année de son retour.

Ayant un peu de mal sans son compère, Charles doit se résigner à écrire pour d’autres (notamment pour Piaf), mais à force de persévérence, il obtient un contrat à l'Alhambra et à l'Olympia.

Il divorce et se remarie en 1956 avec Evelyne Plessis avec qui il aura son troisième enfant nommé Patrick.

La gloire vient l'année suivante, en 1957. De nombreux concerts à Paris puis à l'étranger imposent le chanteur arménien comme une des valeurs sûres de la chanson française. Suivront des tournées à travers le monde.

1968, année de son troisième mariage, il épouse Ulla Thorsell de qui il aura trois enfants : Katia en 1969 Misha en 1971 et Nicolas en 1977 (la même année que son premier petit-enfant !!).

En 1988, Charles se lance dans l'humanitaire pour aider son peuple d’origine, l’Arménie. Il écrit alors « Pour toi Arménie », titre qui se vendra à un million d’exemplaires.

Depuis 1998, date où des problèmes de santé l’obligent à ralentir. Il se fait alors plus discret, mais n’a pas arrêté sa carrière pour autant.

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Elle restera à jamais une artiste mystérieuse. Née le 9 juin 1930, Dominique SERF, avant de devenir la Barbara que l’on connaît, suit une formation musicale classique (Schumann, Debussy….) mais ce n’est pas là sa véritable passion. Elle chante alors les chansons des autres : Brel et Brassens entre autres avant d’être révélée au public par son plus grand « tube » : « l’Aigle Noir » (1970).

Mais Barbara est plus qu’une chanteuse : elle est une chanteuse engagée. En effet, les textes qu’elle écrit la racontent (« Nantes », 1967, où elle raconte la mort de son père, « Le mal de vivre », 1964) et racontent les autres, dénoncent (« Göttingen », 1967 ; « Et tant pis pour ceux qui s'étonnent / Et que les autres me pardonnent / Mais les enfants ce sont les mêmes / A Paris ou à Göttingen. ») et peut-être même parfois dérangent. Et puis, beaucoup plus tard (en 1987), elle s’engage dans la lutte contre le SIDA auprès d’Act-Up avec sa chanson « Sid’amour à mort » : « Si d’Aimer d’Amour / C’est mourir d’Aimer/ Sont mourus d’Amour / Seuls et Sidannés / Les Damnés d’Amour / A vouloir s’Aimer / Ils sont morts d’Amour / Sid’assassinés. »

Elle collabore avec de nombreux artistes : Catherine Lara ("Marienbad", "L’aigle Noir"), George Moustaki ("La dame brune"), Jacques Brel (film : Frantz), Gérard Depardieu (comédie musicale : Lily Passion). Au cours de sa carrière, elle reçoit de nombreuses récompenses ( Grand Prix National de la Chanson Française en 1982, Victoire de la Musique de la Meilleure Interprète en 1994 notamment).

Et puis il y a tout ce pan de sa vie, de son œuvre que l’on ne comprend pas car Barbara cultive un certain mystère… Toujours dissimulée derrière le noir qui la caractérise, derrière son piano (noir), derrière ses chansons et derrière sa voix si particulière, la Dame en Noir, comme on l’appelle réussit à trouver en ses blessures de quoi toucher son public… «  Qu’elle fut longue la route / Mais [elle] [l’a] fait la route/ Celle-là qui menait jusqu’à [nous] / […] / Qu’importe ce qu’on peut en dire / [Elle] [est] venue pour [nous] dire… / [Sa] plus belle histoire d’amour, c’est [nous]… »

Et même si depuis le novembre 1997 elle a rejoint son Aigle, elle reste la Dame brune au piano noir…

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Né en 1921 à Sète dans l’Hérault, mort en 1981.

Peu assidu à l’école, le petit Georges commence dès l’âge de 14 ans à écrire, grâce à la lecture des poètes qu’il aime beaucoup. Il fait l’école buissonnière, et est condamné à un an en prison avec sursis à l’age de 18 ans pour une sombre histoire de vol. Cette dernière l’obligera à rejoindre Paris en 1940 pour échapper à l’humiliation subie auprès de ses proches.

Lorsque les allemands envahissent Paris, il quitte la capitale pendant trois mois pour retourner à Sète, mais ne peut s'empêcher de remonter à Paris. Il profite pleinement de cette époque pour étudier la musique sur le piano de sa tante, et pour continuer d’écrire avec la parution en 1942 de son premier recueil de poésie, "Des coups d'épées dans l'eau", suivi rapidement de "A la venvole".

C’est aussi durant cette période qu’il rencontrera Jeanne le Bonnier. Début 1943, il est envoyé au STO en Allemagne et il profite d’une permission pour disparaître… chez Jeanne qui le cache jusqu’à la fin de la guerre.

Ce n’est qu’en 51 que Brassens connaît son premier vrai succès grâce à une audition chez ‘Patachou’. A partir de cette date, Brassens enregistre nombre de chansons, pour lesquelles les récompenses pleuvent. Les concerts se fonts les uns à la suite des autres.

En 1973, il entame sa dernière tournée, d'abord en Belgique puis en Grande-Bretagne.

Novembre 1980 : sa santé est préoccupante. Il est opéré d'un cancer. Pendant l'été 1981, au plus mal, il trouve encore la force de retourner au pays, à Sète, où il meurt le 29 octobre 1981.

Brassens est un typique chanteur à texte (textes qui cela dit en passant s’apparentaient à de la poésie).

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C’était une tornade qui a tout dévasté sur son passage jusqu’à la résistance même de son public envers ses allures « provinciales » et son tempérament de feu sur scène…

Né le 8 avril 1929, le « galérien des galas » comme on l’appelle en référence à son rythme de vie effréné, ne remporte pas l’unanimité au début de sa carrière car la force de ses textes et la violence de ses interprétations sont mal acceptées. Comme de nombreux artistes il galère à ses débuts, ce qui ne l’empêche pas de rencontrer quelques « grands » : George Brassens, Juliette Gréco…

Il écrit tout de même beaucoup : des chansons qui deviendront par la suite des « classiques » : « Madeleine » (à qui, toutes les semaines,  il apportait des lilas mais comme les fleurs c’est périssable, il décidera par la suite d’apporter des bonbons…), « La chanson des vieux amants », « les Vieux » et en 1956 « Quand on a que l’amour ». Il n’est reconnu par le grand public qu’en 1958.

Par la suite, tout s’accélère car pour lui « La valse à mille temps » a commencé et il ne l’arrêtera qu’en 1966 alors qu’il est au sommet de sa gloire : il enchaîne les tournées et le succès est au rendez-vous dans le monde entier. Il profite alors de la vie entre tours de chant, nuits blanches, conquêtes, alcool mais surtout tabac… Il continue de composer (« Amsterdam », « Le plat pays ») et profite de son succès pour donner leur chance à de jeunes artistes.

Mais en 1966, il décide d’arrêter sa carrière de chanteur et son dernier récital à l’Olympia est bien sûr un moment phare de la chanson française : le Tout-Paris est présent et il reviendra saluer son public sept fois de suite (en peignoir s’il vous plaît ! ! ! !) Il se consacre par la suite à d’autres arts comme le cinéma (film : « Frantz » puis L’aventure c’est l’aventure ») ainsi qu’au théâtre. Son dernier disque sort en 1977 et se vend à plus d’un million d’exemplaires sans aucune publicité (si si c’est possible…)

Celui qui ne chantait qu’on ne le quitte pas nous quittera, le 9 octobre 1978 des suites d’un cancer du poumon… Et même s’ « il faut oublier » car « Tout peut s’oublier » son public (et ses descendants…) ne l’oublient pas…

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On ne l’appelait pas « La Môme » pour rien… 1,47 m, il faut avouer que ce n’est pas très grand ! ! Mais ça ne l’a pas empêchée d’éclipser (presque ! ! !) tous les autres…

Née le 19 décembre 1915, elle se plonge très tôt dans le monde de la musique. Elle est repérée par Louis Leplée (qui la baptisera la Môme Piaf) et le triomphe ne se fait pas attendre : le Tout-Paris de l’entre deux-guerres et le succès sont au rendez-vous. En 1937, elle devient Edith Piaf et rencontre de nombreux intellectuels comme Jean Cocteau qui deviendra son ami.

La suite de sa vie est marquée par le rythme des hommes qu’elle rencontre et que, le plus souvent, elle révèle au grand public : Yves Montand d’abord en 1944 puis les Compagnons de la Chanson en 1946 (on se souvient de la chanson « Les trois cloches ») et puis, celui qui restera l’homme de sa vie : Marcel Cerdan, pour qui elle écrit une des plus belles chansons du répertoire français : « L’hymne à l’amour ». Mais la mort soudaine de ce dernier en 1949 marque le début d’une longue période de dépression. Les accidents de voiture qu’elle subira par la suite la plongeront dans l’enfer de la dépendance (morphine, alcool…) qui détérioreront sa santé, déjà fragile. Mais elle n’arrête pas pour autant de chanter ni de partir en tournée : sa voix puissante continue de transcender les foules et les succès s’enchaînent : « Plus bleu que tes yeux » (écrit par Charles Aznavour, encore inconnu à l’époque), « Mon manège à moi », « La Foule » et puis « Milord » que lui écrit George Moustaki.

Les tournées continuent mais le « Moineau » est définitivement affaibli : elle partira le 11 octobre 1963 (même jour que Jean Cocteau) même si son œuvre reste vivante au travers d’autres artistes qui continuent de la chanter (reprise en 1997 de « Plus bleu que tes yeux » par Charles Aznavour) Ce petit bout de femme à décidément bien vécu, en « brûlant » parfois un peu la vie… Mais c’est sans doute pour cela qu’elle chantait si bien « Non, rien de rien / Non, je ne regrette rien… »

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